5G

La 5G montre le bourt de son nez.

Allons-nous (lui) tirer la langue ?

Où il est question d'opérateurs téléphoniques, de Thoreau et de Greta Thunberg, de France Gall et de notre responsabilité numérique...

D'un côté, l'opérateur téléphonique n°1 en Suisse en a fait un argument de vente imparable: « Le meilleur réseau en fait encore plus. Avec la 5G, tout est plus rapide, plus fiable et plus performant que jamais. Avec à la clé de nouvelles opportunités. Pour la collaboration. Pour l'économie. Pour la Suisse. » En juin dernier, un opérateur concurrent annonçait la première installation d'une antenne du côté d'Oerlikon et un record mondial en matière de rapidité de connexion et de débit de téléchargement. D'une certaine manière, la 5G, de par chez nous comme partout, c'est un peu la course à l'armement version numérique. Qui va dégainer le premier pour en retirer le maximum de lauriers ?

D'un autre côté, on a pu voir fleurir dans les rues des campagnes d'affichage sauvage soulignant que 170 scientifiques de 37 pays tiraient la sonnette d'alarme, principalement pour des raisons de santé ou environnementales. Le think tank The Shift Project annonce d'ailleurs dans son dernier rapport que le numérique émet aujourd'hui 4% des gaz à effet de serre au niveau mondial (plus que l'aviation civile, soit dit en passant). Quid alors de la 5G ? Anne-Cécile Orgerie, chercheuse au CNRS, répondait récemment aux interrogations du Vif, excellent hebdomadaire belge d'actualité : « Avec l'augmentation de la bande passante par utilisateur, nous alons très probablement assister à une explosion des usages, et donc de la consommation des ressources (...) L'imagination des concepteurs d'objets connectés mène à des services toujours plus nombreux, qui deviennent ensuite des besoins pour une part de plus en plus grande d'utilisateurs. »

Le collectif helvète frequencia regroupe, lui, des parents, des médecins, des techniciens (...) ou tout dimplement des amis de la nature. Des Robin des toits du quotidien. Leur credo est  de « vivre dans un monde où les technologies doivent s'adapter à l'homme et à la nature, et non l'inverse. » Sans pour autant prôner un retour à la cabanne en bois de Thoreau.

Être pour ou contre la 5G nous renvoie face à un débat vieux comme le monde, de ceux qui opposent les anciens et les modernes... voire les adeptes du ni oui ni non.

Techno vs écolo

Dès lors, la cause semble entendue. Si l'on veut rester « dans le coup » et ne pas revenir au téléphone en bakélite que les millenials ne connaissent d'ailleurs même pas, la 5G va s'imposer, sous peine de voir tous les anciens systèmes devenir obsolètes, à l'usure, par manque de ressources internes. Pour Anne-Cécile Orgerie, face à l'inéluctable, une solution : « Faire prendre conscience à l'utilisateur de l'impact qu'à son usage du numérique... ». Supprimer les photos qu'on stocke par praticité, deleter les mails qui s'empilent par milliers... En gros, s'engager pour une forme de sobriété numérique.

Comme le martèle le collectif frequencia, « nous encourageons le progrès et les innovations, mais pas aux dépens de notre santé ni de notre environnement. »

Comme souvent, il est difficile de peindre le diable sur la muraille avant que celui-ci ne se soit clairement manifesté. La responsabilité en incombe à chacun. Comme l'a si bien formulé Greta Thunberg : « No One is Too Small to Make a Difference ».

Une chanson pour clore le sujet

Pour finir, revenons à une date mythique à bien des raisons. 1984, année prophétique pour George Orwell, année lyrique pour France Gall qui sortait l'un de ses nombreux tubes – oui, on disait tube à l'époque – Débranche.

Dont voici le refrain :

« Débranche
Débranche
Coupe la lumière et coupe le son
Débranche
Débranche tout
Débranche, débranche, débranche tout
Revenons à nous
Débranche tout. »

Un titre qu'on préfère chanter à tue-tête plutot que de le passer en boucle depuis une quelconque plateforme à la demande. Sobriété numérique oblige !